
Je devrais à présent poursuivre la rédaction de mon rapport PREMIÈRE JOURNÉE Le prétendu Henri Robin s'est réveillé de très bonne heure. Il a mis un certain temps à comprendre où il se trouve, depuis quand, et ce qu'il fait là. Il a mal dormi, tout habillé, sur son matelas d'infortune, dans cette pièce de dimensions bourgeoises (mais présentement sans lit et glacée) que Kierkegaard appelait «la chambre du fond» lors des deux séjours qu'il y a effectués: sa fuite après l'abandon de Régine Olsen, pendant l'hiver 1841, puis l'espoir de «reprise» berlinoise au printemps 1843. Ankylosé par d'inhabituelles courbatures, Henri Robin éprouve quelque difficulté à se mettre debout. Cet effort accompli, il déboutonne et secoue, sans l'ôter toutefois, sa pelisse raidie et froissée. Il va jusqu'à la fenêtre (qui donne sur la rue du Chasseur et non sur la place des Gens d'Armes) dont il réussit à tirer les rideaux en loques sans achever de les détruire. Le jour vient à peine de se lever, semble-t-il, ce qui, à Berlin en cette saison, doit signifier sept heures et quelques. Mais le ciel gris est si bas, ce matin, que l'on n'oserait guère l'affirmer avec certitude: il pourrait, aussi bien, être beaucoup plus tard. Voulant consulter sa montre, gardée à son poignet toute la nuit, HR constate qu'elle est arrêtée… Cela n'a rien de surprenant, puisqu'il a omis d'en remonter le ressort la veille au soir.