
S'étant retourné vers la table, un peu mieux éclairée maintenant, il comprend tout de suite que l'appartement a été visité pendant son sommeil: le tiroir, largement ouvert, est désormais vide. Il n'y a plus ni jumelles nocturnes, ni pistolet de précision, ni carte d'identité, ni pochette en cuir dur perforée d'un trou sanglant. Et, sur la table, la feuille de papier noircie des deux côtés par sa minuscule écriture a également disparu. A la place, il voit une feuille blanche identique, au format commercial ordinaire, sur laquelle deux phrases hâtives ont été griffonnées à grands traits obliques en travers de la page: «Ce qui est fait est fait. Mais il vaut mieux, dans ces conditions, que tu disparaisses toi aussi, au moins pour un certain temps.» La signature très lisible, «Sterne» (avec un e final), est l'un des noms de code utilisés par Pierre Garin.
Comment est-il entré? HR se souvient d'avoir fermé sa porte à clef après l'inquiétant face-à-face avec la vieille femme épouvantée (en même temps qu'effrayante) et d'avoir ensuite rangé la clef dans le tiroir. Mais il a beau tirer celui-ci à fond, il voit bien qu'elle n'est plus là. Pris d'inquiétude, craignant (contre toute raison) d'être séquestré, il va jusqu'à la petite porte baptisée «J.K.». Non seulement celle-ci n'est plus fermée à clef, mais on ne l'a pas close du tout: le battant a été simplement engagé dans la feuillure, avec un jeu de quelques millimètres, sans enclencher ni le pêne dormant ni le pêne demi-tour. Quant à la clef, elle n'est pas non plus restée sur la serrure. Une explication s'impose: Pierre Garin en possédait un double, dont il s'est servi pour pénétrer dans l'appartement; et, en s'en allant, il a emporté les deux clefs. Mais dans quel but?
HR prend alors conscience d'un mal de tête latent, sournois, qui se précise de plus en plus depuis son réveil et ne facilite guère ses raisonnements ou supputations.
