
Pris d'une irrationnelle et soudaine panique, j'ai arraché vivement ma lourde sacoche du filet à valises, juste au-dessus de cette tête qui ne m'appartenait pas, bien qu'étant sans conteste la mienne (plus authentique, même, en un sens), et je suis ressorti du compartiment. Derrière moi, des hommes se sont dressés en sursaut et j'ai entendu des cris de protestation, comme si je venais de commettre un vol.
Puis, dans le brouhaha, un rire a pris le dessus, ample et sonore, plein de gaieté, qui – je l'imagine devait être celui du voyageur.
Personne, en fait, ne m'a poursuivi. Personne non plus n'a cherché à me barrer la route, tandis que je rebroussais chemin vers la plate-forme arrière du wagon, la plus proche, bousculant pour la troisième fois les mêmes obèses ahuris, sans ménagement désormais. Malgré le bagage qui m'encombrait à présent, et mes jambes que je sentais prêtes à se dérober sous moi, je suis parvenu très vite, comme dans un rêve, à la porte donnant sur la voie que quelqu'un venait d'entrouvrir, s'apprêtant à descendre. Le convoi, en effet, ralentissait de plus en plus, après avoir roulé à bonne allure sur une cinquantaine de kilomètres, ou du moins pendant un temps notable, bien que je fusse à vrai dire incapable de chiffrer la durée approximative de mes récentes mésaventures. Des panneaux en gros caractères gothiques, noir sur blanc, indiquaient en tout cas clairement que nous arrivions à Bitterfeld. La gare précédente, où mes ennuis avaient commencé, pouvait donc aussi bien être Halle que Leipzig, aussi bien mais pas plus.
Dès que le train s'est arrêté, j'ai sauté sur le quai avec ma sacoche, derrière le passager arrivé à destination, ce qui n'était certes pas mon cas personnel. J'ai couru le long des voitures, d'où peu de gens descendaient, jusqu'à celle de tête, derrière la vieille locomotive à vapeur et son tender empli de mauvais charbon.
