
Il entra dans le bar au terme d’une attente plutôt brève.L’endroit ne comptait pas parmi les plus courus, pourtant il aurait étédifficile d’y faire entrer ne serait-ce que quelques clients supplémentaires cesoir-là. Cela lui convenait. Il se mit immédiatement à parcourir les lieux duregard à la recherche de jeunes filles ou de jeunes femmes, de préférencen’ayant pas dépassé la trentaine ; évidemment, légèrement alcoolisées. Ilne voulait pas qu’elles soient ivres, mais simplement un peu gaies.
Il s’efforçait de rester discret. Il tapota une fois encorela poche de sa veste afin de vérifier que le produit était bien là. Il l’avaitplusieurs fois tâté tandis qu’il marchait et s’était dit qu’il se comportaitcomme ces cinglés qui se demandent perpétuellement s’ils ont bien fermé leurporte, n’ont pas oublié leurs clefs, sont certains d’avoir éteint la cafetièreou encore n’ont pas laissé la plaque électrique allumée dans la cuisine. Ilétait en proie à cette obsession dont il se souvenait avoir lu la descriptiondans un magazine féminin à la mode. Le même journal contenait un article sur unautre trouble compulsif dont il souffrait : il se lavait les mains vingtfois par jour.
La plupart des clients buvaient une grande bière. Il encommanda donc également une. Le serveur lui accorda à peine un regard. Il réglaen liquide. Il lui était facile de se fondre dans la masse. La clientèle étaitprincipalement constituée de gens de son âge, accompagnés d’amis ou decollègues. Le bruit devenait assourdissant quand ils s’efforçaient de couvrirde leurs voix le vacarme criard du rap. Il scruta les lieux et remarquaquelques groupes de copines ainsi que quelques femmes, attablées avec deshommes qui semblaient être leurs maris, mais n’en repéra aucune seule. Ilsortit sans même terminer son verre.
