Dans le troisième bar, il aperçut une jeune femme qu’ilconnaissait de vue. Il se dit qu’elle devait être âgée d’une trentained’années ; elle avait l’air seule. Elle était assise à une table del’espace fumeur où se trouvaient d’autres personnes, mais qui n’étaientsûrement pas avec elle. Elle but une margarita et fuma deux cigarettes tandisqu’il la surveillait de loin. Le bar était bondé, mais il semblait bien qu’ellen’était sortie s’amuser avec aucun de ceux qui tentaient d’engager la conversationavec elle. Deux hommes avaient tenté une approche ; elle leur avaitrépondu non de la tête et ils étaient repartis. Le troisième prétendant setenait face à elle. Tout portait à croire qu’il n’avait pas l’intention de s’enlaisser conter.

C’était une brune au visage plutôt fin, même si elle étaitun peu ronde ; ses épaules étaient recouvertes d’un joli châle, elleportait une jupe qui l’habillait avec goût ainsi qu’un t-shirt de couleurclaire sur lequel on lisait l’inscription « San Francisco » :une minuscule fleur dépassait du F.

Elle parvint à éconduire l’importun. Il eut l’impression quel’homme éructait quelque chose à la face de la jeune femme. Il la laissa seremettre et attendit un moment avant de s’avancer.

— Vous y êtes déjà allée ? demanda-t-il.

La brune leva les yeux. Elle ne parvenait pas vraiment à sesouvenir où elle l’avait vu.

— À San Francisco, précisa-t-il, son index pointé versle t-shirt.

Elle baissa les yeux sur sa poitrine.

— Ah, c’est de ça que vous parlez, observa-t-elle.

— C’est une ville merveilleuse. Vous devriez aller yfaire un tour, conseilla-t-il.

Elle le dévisagea, se demandant sans doute si elle devaitlui ordonner de décamper comme elle l’avait fait avec les autres. Puis, ellesembla se rappeler l’avoir déjà croisé quelque part.



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