
Après avoir enjambé un ballon sérieusement amoché, dans lequel un liquide pourpre bouillonnait, Elvan se baissa et ramassa un bout de cordon blanc qu’il avait fait frémir en le touchant. Un nerf… Le nerf sensoriel de Den…
Elvan jeta un regard circulaire.
Pas de doute, le mystérieux malfaiteur connaissait son affaire. Il avait savamment détruit la tête de Den.
Les lueurs roses de l’aube traversaient la paroi translucide de la coupole.
Éprouvant presque une douleur physique, Elvan allait d’un angle à un autre, en évitant de poser les pieds sur les débris, comme s’il s’était agi de créatures vivantes.
Il avait aussitôt lancé un appel de dépannage, mais cela avait-il un sens ? Était-il imaginable de réparer rapidement Den à la création duquel les plus grands esprits de plusieurs générations avaient travaillé ?
Elvan jeta un regard sur le familier cadran circulaire du pupitre. Dans quarante-cinq minutes les sept écrans de communication s’allumeront pour la séance ordinaire. Pour sûr que les opérateurs se préparent déjà, vérifient une dernière fois les informations, introduisent les cartes perforées dans les transmetteurs. L’enchaînement de chiffres que comportait chaque bande étroite constituait des données sur le déplacement de son satellite, de nombreux bits concernant les parallaxes, les déclinaisons magnétiques du champ cosmique et les tensions…
Dans quarante-cinq minutes ? Non, dans quarante…
Toutes ces informations, Den devait les synthétiser d’emblée et immédiatement rectifier le déplacement de chaque vaisseau-satellite.
Les sept îles dérivantes que l’homme avait lancées dans l’espace lointain constituaient un mécanisme aussi fin que celui d’une horloge. Toutes leurs manœuvres étaient concertées comme les mouvements d’un gymnaste champion des J. 0. stellaires. Le travail qu’accomplissaient les satellites était d’une trop grande importance pour les Terriens : le départ de la planète Terre vers Sirius, un soleil plus chaud, était en préparation.
