
Et peut-être que mon frère nonseulement le savait, mais était conscient des problèmes qu’un nom arabepourrait causer à l’avenir – il faisait de la politique, comme toute notrefamille, et il désirait protéger sa nièce des nuages noirs que lui, maisseulement lui, apercevait à l’horizon. Le plus surprenant, c’est que le son dece mot a plu à Sherine. Au bout d’une soirée, elle a commencé à se nommerelle-même Athéna, et plus personne n’est parvenu à lui retirer ce surnom de latête. Pour lui faire plaisir, nous l’avons adopté à notre tour, pensant quecela lui passerait bientôt.
Est-ce qu’un nom peut influencerla vie de quelqu’un ? Parce que le temps a passé, le surnom a résisté, etnous avons fini par nous y adapter.
Lorsqu’elle était adolescente, nousavons découvert qu’elle avait une certaine vocation religieuse – elle passaitson temps à l’église, savait les Évangiles par cœur, et c’était à la fois unebénédiction et une malédiction. Dans un monde de plus en plus divisé par lescroyances religieuses, je craignais pour la sécurité de ma fille. À cetteépoque, Sherine commençait à nous dire, comme si c’était la chose la plusnormale du monde, qu’elle avait une foule d’amis invisibles – des anges et dessaints dont elle voyait les images dans l’église que nous fréquentions. Biensûr, tous les enfants du monde ont des visions, même s’ils s’en souviennentrarement, passé un certain âge. Ils ont aussi l’habitude de donner vie à desobjets inanimés, comme des poupées ou des tigres en peluche. Mais j’ai commencéà penser qu’elle exagérait le jour où je suis allée la chercher à l’école et oùelle m’a dit qu’elle avait vu « une femme vêtue de blanc, qui ressemblaità la Vierge Marie ».
Je crois aux anges, bien sûr. Jecrois même que les anges parlent aux jeunes enfants, mais quand les apparitions
