
Je le répéterais, deux jours plus tard, dans une grande ville sur la Volga. Pour tuer le temps avant mon train, je me laissai happer par la foule et me retrouvai dans ce parc. Au milieu des kiosques peinturlurés, se déroulaient de bruyantes festivités, une quelconque «fête de la ville» ou tout simplement, un beau dimanche, l'abondance du soleil réverbéré par la neige tombée la veille. Je marchais, en trébuchant sur les congères, enivré par la fraîcheur acidulée des neiges, par la fusion avec les rires, les regards, les paroles que je n'avais plus besoin d'interpreter. Ces retrouvailles ressemblaient à un songe où la compréhension est immédiate et le contact physique, de cœur à cœur, merveilleusement évident. Ivre de soleil et de la joie des autres, j'eus même cette pensée exaltée et benoîtement patriotique: «Ils ont peut-être trois roubles en poche, mais ils rient et festoient comme avant. Un pays en perdition, mais quelle aptitude au bonheur! En Occident, on aurait…» Abêti par la gaieté, j'allais poursuivre mon analyse comparée de l'âme slave et de l'Occident sans âme quand soudain le bonheur trouva son expression parfaite, condensée dans le visage de cette enfant.
