
C’est alors qu’elle aperçut son reflet dansla glace du café.
D’abord, elle ne se reconnut pas.
C’était Joséphine Cortès, cettefemme-là ?
Cette femme élégante, dans ce beau manteaubeige à larges revers de velours brun glacé ? Cette belle femme auxcheveux de castor brillants, à la bouche bien dessinée, aux yeux remplis d’unelumière étonnée ? C’était elle ? Le chapeau à soufflets jouffluscrânait et signait la nouvelle Joséphine. Elle lança un regard à cette parfaiteétrangère. Enchantée de faire votre connaissance. Que vous êtes jolie !Que vous semblez belle et libre ! Je voudrais tellement vous ressembler,je veux dire, être à l’intérieur aussi belle et lumineuse que le reflet quidanse sur la glace. Là, à vous regarder, j’ai l’impression étrange d’êtredouble : vous et moi. Et pourtant nous ne faisons qu’une.
Elle regarda le verre de Coca posé devantelle. Elle n’y avait pas touché. Les glaçons avaient fondu formant une buée surles parois du verre. Elle hésita à y imprimer la marque de ses doigts. Pourquoiai-je commandé un Coca ? Je déteste le Coca. Je déteste les bulles quiremontent dans le nez en mille fourmis rouges. Je ne sais jamais quoi commanderdans un café, alors je dis Coca comme tout le monde ou café. Coca, café, Coca,café.
