Elle leva la tête vers l’horloge de labrasserie : sept heures et demie ! Luca n’était pas venu. Elle sortitson portable de son sac, composa son numéro, tomba sur son répondeur quiénonçait « Giambelli » en détachant les syllabes et laissa unmessage. Ils ne se verraient pas ce soir.

Cela valait peut-être mieux. Chaque foisqu’elle revivait cette scène terrible avec sa sœur, elle sentait le désespoirl’envahir et ses forces la déserter. Elle n’avait plus envie de rien. Envied’aller s’asseoir sur le trottoir et de regarder passer des inconnus, lesparfaits étrangers de la rue. Dès qu’on aime quelqu’un, faut-il obligatoirementsouffrir ? Est-ce la rançon à payer ? Elle ne savait qu’aimer. Ellene savait pas se faire aimer. C’était deux choses bien différentes.

— Vous ne buvez pas votre Coca, mapetite dame ? demanda le garçon en faisant rebondir son plateau sur sescuisses. Il a mauvais goût ? C’est pas un bon cru ? Vous voulez queje vous le change ?

Joséphine sourit faiblement et secoua latête.

Joséphine décida de ne plus attendre. Elleirait rejoindre Zoé et dînerait avec elle. En partant, elle lui avait laissé unrepas froid sur la table de la cuisine, un blanc de poulet avec une salade deharicots verts, un petit-suisse aux fruits, et un mot : « Je suis aucinéma avec Luca, je serai de retour vers vingt-deux heures. Je viendrai tefaire un baiser avant que tu t’endormes, je t’aime, ma beauté, mon amour,Maman. » Elle n’aimait pas la laisser seule le soir, mais Luca avaitinsisté pour la voir. « Il faut que je vous parle, Joséphine, c’estimportant. » Joséphine fronça les sourcils. Il avait prononcé ces mots-là,elle avait oublié.



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