Elle composa le numéro de la maison.Annonça à Zoé que finalement, elle rentrait dîner, puis fit signe au garçon delui apporter la note.

— Elle est sous la soucoupe, ma petitedame. Décidément vous n’avez pas l’air dans votre assiette !

Elle lui laissa un généreux pourboire etsortit.

— Hé ! vous oubliez votrepaquet !

Elle se retourna, le vit qui brandissait lecolis d’Antoine. Elle l’avait laissé sur la chaise. Et si j’étais unesans-cœur ? J’oublie les restes d’Antoine, je trahis ma sœur, j’abandonnema fille pour aller au cinéma avec mon amant et quoi encore ?

Elle prit le paquet et le plaça contre soncœur, sous son manteau.

— J’voulais vous dire… J’aime beaucoupvotre galure ! lui lança le garçon.

Elle sentit ses oreilles rougir sous le chapeau.

Joséphine chercha un taxi, mais n’en vitaucun. C’était la mauvaise heure. L’heure à laquelle les gens regagnent leurdomicile ou vont au restaurant, au cinéma, au théâtre. Elle décida de rentrerchez elle à pied. Il tombait une pluie fine et glacée. Elle referma ses brassur le colis qu’elle tenait toujours sous son manteau. Qu’est-ce que je vais enfaire ? Je ne peux pas le garder dans l’appartement. Si jamais Zoé letrouvait… J’irai le mettre à la cave.

Il faisait nuit noire. L’avenue Paul-Doumerétait déserte. Elle longea le mur du cimetière d’un pas rapide. Aperçut lastation-service. Seules les vitrines des magasins étaient éclairées. Elledéchiffrait les noms des rues qui traversaient l’avenue, essayait de lesmémoriser. Rue Schlœsing, rue Pétrarque, rue Scheffer, rue de la Tour… On luiavait raconté que Brigitte Bardot avait accouché de son fils dans ce belimmeuble, à l’angle de la rue de la Tour. Elle avait passé toute sa grossesseenfermée chez elle, les rideaux tirés : il y avait des photographes surchaque branche d’arbre, sur chaque balcon. Les appartements voisins avaient étéloués à prix d’or. Elle était prisonnière chez elle. Et si d’aventure elle



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