
Elle faisait un effort pour parler comme sielle n’entendait pas les coups secs et hachés de son cœur.
— J’ai entendu du bruit dans la cave,ça faisait boum-boum, je suis descendue et j’ai trouvé Paul qui jouait de labatterie. Regarde, maman, il a aménagé sa cave en studio de musique.
Zoé invita sa mère à jeter un œil dans lestudio de Paul. Il avait installé une batterie acoustique, une grosse caisse,une caisse claire, trois toms, un Charleston et deux cymbales. Un tabouret àvis noir complétait l’ensemble et des baguettes reposaient sur la caisseclaire. Sur une chaise, étaient rangées des partitions. Une ampoule sebalançait au plafond, dispersant une lumière hésitante.
— Très bien, commenta Joséphine en seretenant pour ne pas éternuer, la poussière lui chatouillait les narines. Trèsbeau matériel. Du vrai professionnel.
Elle disait n’importe quoi. Elle n’yconnaissait rien.
— Normal. C’est une Tama Swingstar. Jel’ai eue pour Noël dernier et à Noël prochain, je vais avoir une Ride Giantbeatde chez Paiste.
Elle l’écoutait, impressionnée par laprécision de ses réponses.
— Et la cave, tu l’asinsonorisée ?
— Ben oui… Faut bien parce que ça faitdu boucan quand je joue. Je répète ici et je vais jouer chez un copain qui aune maison à Colombes. Chez lui, on peut jouer sans gêner personne. Ici, lesgens y râlent… Surtout le type d’à côté.
Il montra du menton la cave jouxtant lasienne.
— Peut-être que tu n’as pas assezinsonorisé…, suggéra Zoé en regardant les murs de la cave recouverts d’un épaisisolant blanc.
— Faut pas exagérer ! C’est unecave. On vit pas dans sa cave. Papa dit qu’il a fait le maximum, mais que cemec est un râleur professionnel. Jamais content. D’ailleurs, à chaque réunionde copropriétaires, il s’engueule avec quelqu’un.
— Il a peut-être de bonnes raisons…
— Papa dit que non. Que c’est unemmerdeur. Il s’énerve pour un oui, pour un non. Si une voiture est garée surun passage piéton, il devient hystérique ! Nous, on le connaît bien, çafait dix ans qu’on habite ici, alors vous savez…
