Il doit bien exister des moyens pourignorer cet argent. L’argent supprime l’angoisse des lendemains qui grimacent,mais dès qu’on en amasse, on croule sous les embarras. Où le placer ? Àquel taux ? Qui va s’en occuper ? Certainement pas moi, protestaJoséphine en traversant dans un passage piéton et en évitant une moto dejustesse. Elle avait demandé à son banquier, monsieur Faugeron, de le gardersur son compte, de lui en virer une certaine somme chaque mois, une sommequ’elle jugeait suffisante pour vivre, payer les impôts, l’achat d’une nouvellevoiture, les frais de scolarité et le quotidien d’Hortense à Londres. Hortensesavait comment utiliser l’argent. Ce n’est pas elle qui aurait eu le tournisdevant les relevés de banque. Joséphine s’était fait une raison : sa filleaînée, à dix-sept ans et demi, se débrouillait mieux qu’elle, à quarante-trois.

On était fin novembre et la nuit tombaitsur la ville. Un vent vif soufflait, dépouillant les arbres de leurs dernièresfeuilles qui tournoyaient en valse rousse jusqu’au sol. Les passants avançaienten regardant leurs pieds de peur de se faire gifler par une bourrasque.Joséphine releva le col de son manteau et consulta sa montre. Elle avaitrendez-vous à sept heures avec Luca place du Trocadéro à la brasserie Le Coq.

Elle regarda le paquet. Il n’y avait pas denom d’expéditeur. Un envoi de Mylène ? Ou de monsieur Wei ?

Elle remonta l’avenue Poincaré, atteignitla place du Trocadéro et pénétra dans la brasserie. Elle avait une bonne heureà attendre avant que Luca la rejoigne. Depuis qu’elle avait déménagé, ils se



4 из 648