
Elle poussa la porte en verre et cherchaune table libre. Elle en vit une et s’y installa. Personne ne la regardait etelle se sentit soulagée. Peut-être était-elle en train de devenir une vraieParisienne ? Elle porta la main au chapeau en tricot vert amande qu’elleavait acheté la semaine précédente, songea un instant à l’enlever puis choisitde le garder. Si elle l’enlevait, elle serait décoiffée et n’oserait pas serepeigner. Cela ne se faisait pas de se coiffer en public. C’était un principede sa mère. Elle sourit. Elle avait beau ne plus voir sa mère, elle la portaittoujours en elle. Le chapeau vert amande à soufflets en laine tricotéeressemblait à trois pneus joufflus et se terminait par une galette plate envelours côtelé, piquée d’une petite tige en flanelle rêche comme celle quitermine le classique béret. Elle avait aperçu ce couvre-chef dans la vitrined’une boutique, rue des Francs-Bourgeois dans le Marais. Elle était entrée,avait demandé le prix et l’avait essayé. Il lui donnait un air fripon de femmedésinvolte au nez retroussé. Il ombrait ses yeux marron d’une lueur dorée,gommait ses joues rondes, allégeait sa silhouette. Avec ce chapeau, elle secréait une personnalité. La veille, elle était allée voir le professeurprincipal de Zoé, madame Berthier, pour parler de la scolarité de sa fillecadette, de son changement d’établissement, de sa faculté d’adaptation. À lafin de l’entretien, madame Berthier avait enfilé son manteau et posé sur satête le chapeau vert amande à trois soufflets joufflus.
