dont il avait besoin dans la journée. Il avait un frère jumeau, Vittorio, quile tourmentait. Joséphine n’avait qu’à observer la ride entre ses yeux poursavoir si les nouvelles du frère étaient bonnes ou mauvaises. Quand le sillonse creusait, l’orage s’annonçait. Elle ne posait pas de questions. Cesjours-là, Luca restait muet, sombre. Il prenait sa main, la plaçait dans sapoche de duffle-coat avec les clés, les stylos, les carnets, les bonbons pourla gorge, les tickets de métro, le portable, les paquets de Kleenex, leportefeuille en vieux cuir rouge. Elle avait appris à reconnaître chaque objetdu bout des doigts. Elle parvenait même à identifier la marque des sachets debonbons. Ils se voyaient le soir, quand Zoé dormait chez une amie ou en fin de semaine,quand elle partait rejoindre son cousin Alexandre à Londres.

Un vendredi sur deux, Joséphine conduisaitZoé à la gare du Nord. Philippe et Alexandre, son fils, venaient la chercher àSaint Pancras. Philippe avait offert à Zoé un abonnement sur l’Eurostar et Zoépartait, impatiente de retrouver sa chambre dans l’appartement de son oncle àNotting Hill.

— Parce que tu as ta propre chambrelà-bas ? s’était exclamée Joséphine.

— J’ai même une penderie avec plein devêtements pour pas que je trimbale de valise ! Il pense à tout, il esttrop bien, Philippe, comme tonton !

Joséphine reconnaissait dans cetteattention la délicatesse et la générosité de son beau-frère. Chaque foisqu’elle avait un problème, qu’elle hésitait devant une décision à prendre, elleappelait Philippe.

Il répondait toujours je suis là, Jo, tupeux tout me demander, tu le sais bien. Elle entendait son ton bienveillant,elle était aussitôt rassurée. Elle se serait bien attardée dans la chaleur decette voix, dans la tendresse qu’elle devinait derrière le léger changementd’intonation qui suivait son « Allô, Philippe, c’est Jo », mais unavertissement montait en elle attention, danger ! C’est le mari de tasœur ! Garde tes distances, Joséphine !



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