L'homme a écarté les branches.

- Je l'ai déposée là, a-t-il murmuré en me montrant un talus.

J'ai alors aperçu le long membre d'acier de la drague qui se terminait par trois griffes maculées de boue séchée. Cette main mutilée et recroquevillée pendait, inerte, au-dessus de la terre.

— C'est avec ça que je l'ai sortie, a-t-il précisé.

Il a baissé le bras et les branches qu'il retenait sont venues frapper mes lèvres et mes joues, m'imprégnant du parfum des lauriers-roses, entêtant, sucré jusqu'à l'écoeurement.

- Ils disent que c'est un accident, un suicide.

Il retroussait les lèvres en parlant, laissant voir de petites dents jaunies, ébréchées, cernées d'une ligne noire. Il a murmuré :

- Quand on meurt à cet âge, c'est toujours quelqu'un qui vous a tué ou qui vous a laissé mourir.

Son regard exprimait plus de mépris que de miséricorde, une curiosité insistante.

- Vous avez voulu savoir, hein?

J'ai fait oui.

- Quel âge elle avait, votre fille, monsieur?

Je me suis détourné, et j'ai vomi dans les lauriers.

Je l'avais sollicité et maintenant j'aurais voulu le fuir, mais il m'accablait de détails, de questions. Il cherchait à connaître ce que les carabiniers m'avaient révélé de l'enquête.

Ceux-là, disait-il avec mépris, sont aveugles de naissance. S'ils imaginent qu'elle est morte là où je l'ai trouvée, c'est que ça les arrange. Mais les corps, ça va, ça vient. On les porte, on les jette. Le lac est une fosse qui aspire tout, qui efface tout.

- Vous n'avez même pas vu le corps, ajouta-t-il.

Lui, il avait remarqué des plaies, des traces de piqûres sur les bras, les cuisses.



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