
Chantal sentit qu’elle perdait du terrain. Il fallait se reprendre rapidement.
— Vous pensez que je vais vous demander : Pourquoi m’avez-vous montré l’or ? En réalité, ce que je veux vraiment savoir, c’est pourquoi un industriel riche et célèbre vient à Bescos chercher une réponse qu’il peut trouver dans des livres, des universités ou tout simplement en consultant un philosophe renommé.
La sagacité de la jeune fille eut l’heur de plaire à l’étranger. Bien, il avait choisi la personne idoine – comme toujours.
— Je suis venu à Bescos avec un projet précis. Il y a longtemps, j’ai vu une pièce de théâtre d’un auteur qui s’appelle Dürrenmatt, vous devez le connaître…
Ce sous-entendu était une simple provocation. Cette jeune fille n’avait sûrement jamais entendu parler de Dürrenmatt et maintenant elle allait afficher de nouveau un air détaché comme si elle savait de qui il s’agissait.
— Continuez, dit Chantal, se comportant exactement comme l’étranger l’avait imaginé.
— Je suis content que vous le connaissiez, mais permettez-moi de vous rappeler de quelle pièce de théâtre je parle.
Et il pesa bien ses mots, son propos manifestait moins du cynisme que la fermeté de celui qui savait qu’elle mentait implicitement.
— Une femme revient dans une ville, après avoir fait fortune, uniquement pour humilier et détruire l’homme qui l’a rejetée quand elle était jeune. Toute sa vie, son mariage, sa réussite financière n’ont été motivés que par le désir de se venger de son premier amour.
« J’ai alors forgé mon propre jeu : me rendre dans un endroit écarté du monde, où tous contemplent la vie avec amour, paix, compassion, et voir si je réussis à leur faire enfreindre certains des commandements essentiels.
Chantal détourna son visage et regarda les montagnes. Elle savait que l’étranger s’était rendu compte qu’elle ne connaissait pas cet écrivain et maintenant elle avait peur qu’il l’interroge sur les commandements essentiels. Elle n’avait jamais été très dévote, elle n’avait aucune idée sur ce sujet.
