
— Dans ce village, tous sont honnêtes, à commencer par vous, poursuivit l’étranger. Je vous ai montré un lingot d’or qui vous donnerait l’indépendance nécessaire pour vous en aller parcourir le monde, faire ce dont rêvent toujours les jeunes filles dans les petites bourgades isolées. Le lingot va rester là. Vous savez qu’il est à moi, mais vous pourrez le voler si vous en avez l’envie. Et alors vous enfreindrez un commandement essentiel : « Tu ne voleras pas. »
La jeune fille cessa de regarder la montagne et fixa l’étranger.
— Quant aux dix autres lingots, ils suffiraient à ce que tous les habitants du village n’aient plus besoin de travailler le restant de leurs jours, ajouta-t-il. Je ne vous ai pas demandé de les recouvrir car je vais les déplacer dans un lieu connu de moi seul. Je veux que, à votre retour au village, vous disiez que vous les avez vus et que je suis disposé à les remettre aux habitants de Bescos s’ils font ce qu’ils n’ont jamais envisagé de faire.
— Par exemple ?
— Il ne s’agit pas d’un exemple, mais de quelque chose de concret. Je veux qu’ils enfreignent le commandement : « Tu ne tueras pas. »
— Pourquoi ?
La question avait fusé comme un cri.
L’étranger remarqua que le corps de la jeune femme s’était roidi et qu’elle pouvait partir à tout moment sans entendre la suite de l’histoire. Il devait lui confier rapidement tout son plan.
— Mon délai est d’une semaine. Si, au bout de sept jours, quelqu’un dans le village est trouvé mort – ce peut être un vieillard improductif, un malade incurable ou un débile mental à charge, peu importe la victime –, cet argent reviendra aux habitants et j’en conclurai que nous sommes tous méchants. Si vous volez ce lingot d’or mais que le village résiste à la tentation, ou vice versa, je conclurai qu’il y a des bons et des méchants, ce qui me pose un sérieux problème, car cela signifie qu’il y a une lutte au plan spirituel et que l’un ou l’autre camp peut l’emporter. Croyez-vous en Dieu, au surnaturel, aux combats entre anges et démons ?
