
La jeune femme garda le silence et, cette fois, il comprit qu’il avait posé la question au mauvais moment, courant le risque qu’elle lui tourne le dos sans le laisser finir. Trêve d’ironie, il fallait aller droit au but :
— Si, finalement, je quitte la ville avec mes onze lingots d’or, ce sera la preuve que tout ce en quoi j’ai voulu croire est un mensonge. Je mourrai avec la réponse que je ne voulais pas recevoir, car la vie me sera plus légère si j’ai raison – et si le monde est voué au mal.
« Même si ma souffrance sera toujours la même », pensa-t-il.
Les yeux de Chantal s’étaient emplis de larmes. Cependant, elle trouva encore la force de se contrôler.
— Pourquoi faites-vous cela ? Pourquoi mon village ?
— Il ne s’agit ni de vous ni de votre village. Je ne pense qu’à moi : l’histoire d’un homme est celle de tous les hommes. Je veux savoir si nous sommes bons ou méchants. Si nous sommes bons, Dieu est juste. Il me pardonnera pour tout ce que j’ai fait, pour le mal que j’ai souhaité à ceux qui ont essayé de me détruire, pour les décisions erronées que j’ai prises aux moments les plus importants, pour cette proposition que je vous fais maintenant – puisqu’il m’a poussé sur le versant de l’ombre.
« Si nous sommes méchants, alors tout est permis. Je n’ai jamais pris de décision erronée, nous sommes déjà condamnés, et peu importe ce que nous faisons dans cette vie – car la rédemption se situe au-delà des pensées ou des actes de l’être humain.
Avant que Chantal ne se décide à partir, il ajouta :
— Vous pouvez décider de ne pas collaborer. Dans ce cas, je révélerai à tous que je vous ai donné la possibilité de les aider et que vous vous y êtes refusée. Alors, je leur ferai moi-même la proposition. S’ils décident de tuer quelqu’un, il est probable que vous serez la victime.
