
En outre, tous avaient apprécié son tact, révélé par un détail important : d’ordinaire, les voyageurs, surtout quand ils arrivaient seuls, cherchaient toujours à engager la conversation avec Chantal Prym, la serveuse du bar – peut-être dans l’espoir d’une aventure éphémère ou autre chose ; or cet homme ne s’adressait à elle que pour commander à boire et il n’avait jamais échangé avec elle le moindre regard charmeur ou équivoque.
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Les trois nuits qui suivirent leur rencontre au bord de la rivière, Chantal ne parvint pratiquement pas à dormir. La tempête soufflait par intermittence avec un bruit terrifiant et faisait claquer les volets vétustes. A peine endormie, Chantal se réveillait en sursaut, en nage, et pourtant elle avait débranché le chauffage pour économiser l’électricité.
La première nuit, elle se trouva en présence du Bien. Entre deux cauchemars – qu’elle n’arrivait pas à se rappeler –, elle priait et demandait à Dieu de l’aider. À aucun moment elle n’envisagea de raconter ce qu’elle avait entendu, d’être la messagère du péché et de la mort.
Vint l’instant où elle se dit que Dieu était trop lointain pour l’écouter et elle commença à adresser sa prière à sa grand-mère, morte depuis peu, qui l’avait élevée car sa mère était morte en lui donnant le jour. Elle se cramponnait de toutes ses forces à l’idée que le Mal était déjà passé une fois dans ces parages et était parti à jamais.
