Même avec tous ses problèmes personnels, Chantal savait qu’elle vivait dans une communauté d’hommes et de femmes honnêtes, remplissant leurs devoirs, des gens qui marchaient la tête haute, respectés dans toute la région. Mais il n’en avait pas toujours été ainsi : durant plus de deux siècles, Bescos avait été habité par ce qu’il y avait de pire dans le genre humain et, à l’époque, tous acceptaient la situation avec le plus grand naturel, alléguant qu’elle était le résultat de la malédiction lancée par les Celtes lorsqu’ils avaient été vaincus par les Romains.

Jusqu’au jour où le silence et le courage d’un seul homme – quelqu’un qui croyait non aux malédictions, mais aux bénédictions – avaient racheté son peuple. Chantal écoutait le claquement des volets et se rappelait la voix de sa grand-mère qui lui racontait ce qui s’était passé.

« Il y a des années de cela, un ermite – qui plus tard fut connu comme saint Savin – vivait dans une des cavernes de cette région. À cette époque, Bescos n’était qu’un poste à la frontière, peuplé par des bandits évadés, des contrebandiers, des prostituées, des aventuriers venus racoler des complices, des assassins qui se reposaient là entre deux crimes. Le pire de tous, un Arabe nommé Ahab, contrôlait la bourgade et ses environs, faisant payer des impôts exorbitants aux agriculteurs qui persistaient à vivre de façon digne.

Un jour, Savin descendit de sa caverne, arriva à la maison d’Ahab et demanda d’y passer la nuit. Ahab éclata de rire :

— Tu ne sais pas que je suis un assassin, que j’ai déjà égorgé beaucoup de gens dans mon pays et que ta vie n’a aucune valeur à mes yeux ?

— Je sais, répondit Savin. Mais je suis las de vivre dans cette caverne. J’aimerais passer au moins une nuit ici.



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