Tout en marchant vers sa chambre toute proche, le visage fouetté par la pluie, elle se dit que peut-être, en lui faisant cette proposition macabre, l’étranger n’avait trouvé que cette façon bizarre d’attirer son attention.

Mais elle se souvint de l’or : elle l’avait vu, vu de ses propres yeux.

Ce n’était peut-être pas de l’or. Mais elle était trop fatiguée pour penser et, à peine entrée dans sa chambre, elle se déshabilla et se glissa sous les couvertures.

La deuxième nuit, Chantal se trouva en présence du Bien et du Mal. Elle sombra dans un sommeil profond, sans rêves, mais se réveilla au bout d’une heure. Tout, alentour, était silencieux : ni claquements de volets, ni cris d’oiseaux nocturnes, rien qui indiquât qu’elle appartenait encore au monde des vivants.

Elle alla à la fenêtre et observa la rue déserte, la pluie fine qui tombait, le brouillard où l’on ne distinguait que la lueur de l’enseigne de l’hôtel – jamais le village ne lui avait paru aussi sinistre. Elle connaissait bien ce silence d’une bourgade reculée, qui ne signifie pas du tout paix et tranquillité, mais absence totale de choses nouvelles à dire.

Elle regarda en direction des montagnes ; elle ne pouvait pas les voir car les nuages étaient très bas, mais elle savait que, quelque part là-haut, était caché un lingot d’or. Ou plutôt : il y avait une chose jaune, en forme de brique, enterrée par un étranger. Il lui avait montré l’emplacement exact et avait été sur le point de lui demander de déterrer le métal et de le garder.

Elle se recoucha et, après s’être tournée plusieurs fois, elle se leva de nouveau et alla à la salle de bains ; elle examina dans la glace son corps nu, un peu inquiète – n’allait-il pas bientôt perdre de sa séduction ? Revenue à son lit, elle regretta de ne pas avoir emporté le paquet de cigarettes oublié sur une table, mais elle savait que son propriétaire reviendrait le chercher et elle ne voulait pas qu’on se méfie d’elle.



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