Naguère, un chercheur de trésors – ceux qu’auraient cachés les Celtes – avait passé la nuit avec elle. Il lui avait dit que les lois du pays étaient claires : il avait le droit de garder ce qu’il trouvait, sauf certains objets archéologiques qu’il fallait déclarer et remettre à l’État. Un lingot d’or dûment estampillé n’avait aucune valeur patrimoniale, celui qui l’avait découvert pouvait donc se l’approprier.

Chantal se disait que, si jamais la police l’accusait d’avoir volé le lingot à cet homme, elle montrerait les traces de terre sur le métal et prouverait ainsi son bon droit.

Seulement voilà, entre-temps l’histoire serait arrivée à Bescos et ses habitants auraient déjà insinué – jalousie ? envie ? – que cette fille qui couchait avec des clients était bien capable d’en voler certains.

L’épisode se terminerait de façon pathétique : le lingot d’or serait confisqué en attendant que la justice tranche. Ne pouvant pas payer un avocat, Chantal serait dépossédée de sa trouvaille. Elle reviendrait à Bescos, humiliée, détruite, et ferait l’objet de commentaires qui ne s’éteindraient qu’au bout de longues années.

Résultat : ses rêves de richesse s’envoleraient et elle serait perdue de réputation.

Il y avait une autre façon d’envisager les choses : l’étranger disait la vérité. Si Chantal volait le lingot et partait sans esprit de retour, ne sauverait-elle pas Bescos et ses habitants d’un grand malheur ?

Toutefois, avant même de quitter sa chambre et de gagner la montagne, elle savait déjà qu’elle était incapable de franchir ce pas. Pourquoi donc, juste au moment où elle pouvait changer de vie complètement, éprouvait-elle une telle peur ? En fin de compte, ne couchait-elle pas avec qui elle voulait ? Parfois, n’abusait-elle pas de sa coquetterie pour obtenir des étrangers un bon pourboire ? Ne mentait-elle pas de temps à autre ? N’enviait-elle pas le sort de ses anciennes connaissances qui avaient quitté le village et n’y revenaient que pour les fêtes de fin d’année ?



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