Elle serra le lingot de toutes ses forces entre ses mains, se releva, mais, soudain faible et désespérée, elle retomba à genoux, remit le lingot dans le trou et le couvrit de terre. Non, elle ne pouvait pas l’emporter. Ce n’était pas une question d’honnêteté, en fait tout à coup elle avait peur. Elle venait de se rendre compte qu’il existe deux choses qui empêchent une personne de réaliser ses rêves : croire qu’ils sont irréalisables, ou bien, quand la roue du destin tourne à l’improviste, les voir se changer en possible au moment où l’on s’y attend le moins. En effet, en ce cas surgit la peur de s’engager sur un chemin dont on ne connaît pas l’issue, dans une vie tissée de défis inconnus, dans l’éventualité que les choses auxquelles nous sommes habitués disparaissent à jamais.

Les gens veulent tout changer et, en même temps, souhaitent que tout continue uniformément. Chantal ne comprenait pas très bien ce dilemme, mais elle devait maintenant en sortir. Peut-être était-elle par trop coincée à Bescos, accoutumée à son propre échec, et toute chance de victoire était pour elle un fardeau trop lourd.

Elle eut la certitude que l’étranger déjà ne comptait plus sur elle et que peut-être, ce jour même, il avait décidé de choisir quelqu’un d’autre. Mais elle était trop lâche pour changer son destin.

Ces mains qui avaient touché l’or devaient maintenant empoigner un balai, une éponge, un chiffon. Chantal tourna le dos au trésor et regagna l’hôtel où l’attendait la patronne, la mine un peu fâchée, car la serveuse avait promis de faire le ménage du bar avant le réveil du seul client de l’hôtel.

La crainte de Chantal ne se confirma pas : l’étranger n’était pas parti, il était au bar, plus charmeur que jamais, à raconter des histoires plus ou moins vraisemblables, à tout le moins intensément vécues dans son imagination. Cette fois encore, leurs regards ne se croisèrent, de façon impersonnelle, qu’au moment où il régla les consommations qu’il avait offertes à tous les autres clients.



29 из 142