
« Un homme très dangereux, pire que tous les chasseurs que j’ai connus. »
Tout à coup, Chantal se rendit compte qu’elle avait découvert une autre personne aussi dangereuse que l’étranger : elle-même. Quatre jours plus tôt, elle ne percevait pas qu’elle était en train de s’accoutumer à ce qu’elle était, à ce qu’elle pouvait espérer de l’avenir, au fait que la vie à Bescos n’était pas tellement désagréable – elle était même très gaie en été quand le lieu était envahi par des touristes qui trouvaient que c’était un « petit paradis ».
À présent, les monstres sortaient de leurs tombes, hantaient ses nuits, la rendaient malheureuse, abandonnée de Dieu et de son propre destin. Pis encore : ils l’obligeaient à voir l’amertume qui la rongeait jour et nuit, qu’elle traînait dans la forêt, dans son travail, dans ses rares rencontres et dans ses moments fréquents de solitude.
« Que cet homme soit condamné. Et moi avec lui, moi qui l’ai forcé à croiser mon chemin. »
Elle décida de rentrer. Elle se repentait de chaque minute de sa vie et elle blasphémait contre sa mère morte à sa naissance, contre sa grand-mère qui lui avait enseigné qu’elle devait s’efforcer d’être bonne et honnête, contre ses amis qui l’avaient abandonnée, contre son destin qui lui collait à la peau.
Berta n’avait pas bougé de sa chaise.
— Tu marches bien vite, dit-elle. Assieds-toi à côté de moi et repose-toi un peu.
Chantal accepta l’invitation. Elle aurait fait n’importe quoi pour voir le temps passer plus vite.
— On dirait que le village est en train de changer, dit Berta. Il y a quelque chose de différent dans l’air. Hier soir, j’ai entendu le loup maudit hurler.
La jeune femme poussa un soupir de soulagement. Maudit ou non, un loup avait hurlé la nuit précédente et elle n’avait pas été la seule à l’entendre.
