Trois ans plus tard, elle était déjà capable de « voir » les sentiments des gens et de recevoir par ailleurs de son mari des conseils pratiques fort utiles : ne pas accepter de transiger sur le montant de son assurance vie, changer de banque avant qu’elle ne fasse faillite, ruinant de nombreux habitants de la région.

Un jour – elle avait oublié quand c’était arrivé –, il lui avait dit que Bescos pouvait être détruit. Sur le moment, Berta imagina un tremblement de terre, de nouvelles montagnes surgissant à l’horizon, mais il l’avait rassurée, un tel événement ne se produirait pas avant au moins mille ans. C’était un autre type de destruction qu’il redoutait, sans savoir au juste lequel. En tout cas, elle devait rester vigilante, car c’était son village, l’endroit qu’il aimait le plus au monde, même s’il l’avait quitté plus tôt qu’il ne l’aurait souhaité.

Berta commença à être de plus en plus attentive aux personnes, aux formes des nuages, aux chasseurs de passage, et rien ne semblait indiquer que quelqu’un dans l’ombre préparait la destruction d’une bourgade qui n’avait jamais fait de mal à personne. Mais son mari lui demandait instamment de ne pas relâcher son attention et elle suivait cette recommandation.

Trois jours plus tôt, elle avait vu l’étranger arriver en compagnie d’un démon. Et elle avait compris que son attente touchait à sa fin. Aujourd’hui, elle avait remarqué que la jeune femme était encadrée par un démon et par un ange. Elle avait aussitôt établi le rapport entre ces deux faits et conclu que quelque chose d’étrange se passait dans son village.



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