— Bescos a trois rues, une petite place avec un calvaire, un certain nombre de maisons en ruine, une église et le cimetière à côté, commença Chantal.

— Un instant, intervint l’étranger.

Il retira un petit magnétophone de sa poche, le mit en marche et le posa sur sa table.

— Tout ce qui concerne l’histoire de Bescos m’intéresse. Je ne veux pas perdre un mot de ce que vous allez dire. J’espère ne pas vous déranger si je vous enregistre.

Peu importait à Chantal d’être enregistrée, il n’y avait pas de temps à perdre, depuis des heures elle luttait contre ses craintes, mais finalement elle avait trouvé le courage d’attaquer, et rien ne l’arrêterait.

— Bescos a trois rues, une petite place avec un calvaire, un certain nombre de maisons en ruine, d’autres bien conservées, un hôtel, une boîte aux lettres, une église et un petit cimetière à côté.

Au moins, cette fois, elle avait donné une description plus complète, elle se sentait plus sûre d’elle.

— Comme nous le savons tous, c’était un repaire de brigands jusqu’au jour où notre grand législateur, Ahab, que saint Savin avait converti, a réussi à le changer en ce village qui aujourd’hui n’abrite que des hommes et des femmes de bonne volonté.

« Ce que notre visiteur ne sait pas et que je vais rappeler maintenant, c’est comment Ahab a procédé pour mener à bien son projet. À aucun moment il n’a essayé de convaincre qui que ce soit, vu qu’il connaissait la nature des hommes : ils allaient confondre honnêteté et faiblesse et, partant, son pouvoir serait remis en question.

« Il a fait venir des charpentiers d’un village voisin, leur a donné une épure de ce qu’il voulait qu’ils construisent à l’endroit où se dresse aujourd’hui le calvaire. Jour et nuit, pendant dix jours, les habitants du village ont entendu scier, marteler, perforer, ils ont vu les artisans façonner des pièces de bois, chantourner des tenons et des mortaises.



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