
Au bout de dix jours, toutes les pièces ont été ajustées pour former un énorme assemblage monté au milieu de la place, dissimulé sous une bâche. Ahab a invité tous les habitants de Bescos à assister à l’inauguration de l’ouvrage.
« D’un geste solennel, sans aucun discours, il a dévoilé le « monument » : c’était une potence, prête à fonctionner, avec une corde et une trappe. Enduite de cire d’abeille pour qu’elle résiste longtemps aux intempéries. Profitant de la présence de toute la population, Ahab a lu les textes de lois qui protégeaient les agriculteurs, encourageaient l’élevage de bovins, récompensaient ceux qui ouvriraient de nouveaux commerces à Bescos, et il a ajouté que, dorénavant, chacun devrait trouver un travail honnête ou quitter le village. Il s’est contenté de cette déclaration, il n’a pas dit un mot au sujet du « monument » qu’il venait d’inaugurer. Ahab était un homme qui ne croyait pas au pouvoir des menaces.
« La cérémonie terminée, des gens se sont attardés sur la place pour discuter : la plupart étaient d’avis qu’Ahab avait été leurré par le saint, qu’il n’avait plus sa vaillance de naguère, bref, qu’il fallait le tuer. Les jours suivants, des conjurés ont élaboré plusieurs plans pour y parvenir. Mais tous étaient obligés de contempler la potence au milieu de la place et ils se demandaient : « Qu’est-ce qu’elle fait là ? A-t-elle été montée pour exécuter ceux qui n’acceptent pas les nouvelles lois ? Qui est ou n’est pas du côté d’Ahab ? Y a-t-il des espions parmi nous ? »
« La potence regardait les hommes et les hommes regardaient la potence. Peu à peu, la bravoure initiale des rebelles a fait place à la peur. Tous connaissaient la renommée d’Ahab, ils savaient qu’il était implacable quand il s’agissait d’imposer ses décisions.
