Mais c’était le choix des termes qui troublait le plus Kaempffer. Il savait que le message devait passer entre de multiples mains avant d’atteindre le Commandement Suprême et qu’il ne pouvait se perdre dans les détails.

Tout de même… Le mot « extermine » impliquait une volonté toute humaine. Pourquoi l’avait-il donc fait précéder de « quelque chose »? Une chose – un animal, un poison, un cataclysme – peut tuer mais elle ne peut pas « exterminer ».

— Je pense ne pas avoir besoin de vous rappeler que la Roumanie est un État allié et non pas un territoire occupé, dit Hossbach, et qu’il faudra par conséquent faire preuve d’une certaine finesse.

— J’en suis pleinement conscient.

Il faudrait également faire preuve d’une certaine finesse avec Woermann. Kaempffer avait un vieux compte à régler avec lui.

Hossbach s’efforça de sourire, mais cela ressembla plus à un rictus.

— Tout le monde à la RSHA, y compris le général Heydrich, suivra de près la façon dont vous traiterez ce problème… avant de vous consacrer aux tâches plus importantes qui vous attendent à Ploiesti.

L’hésitation de Hossbach et l’importance qu’il donna au mot « avant » n’échappèrent pas à Kaempffer. Ce petit tour dans les Alpes se transformait grâce à Hossbach en une épreuve du feu. Kaempffer devait rejoindre Ploiesti dans une semaine ; s’il ne résolvait pas l’affaire Woermann avec suffisamment de diligence, on dirait peut-être de lui qu’il n’est pas homme à prendre en main le camp de réinstallation de Ploiesti. Et les candidats à ce poste ne manquaient pas.

Conscient de l’urgence de la situation, il se leva puis enfila son manteau et mit sa casquette.

— Je ne pense pas qu’il y aura de problèmes. Je pars sur-le-champ avec deux escouades d’einsatzkommandos. Nous y serons ce soir si l’on peut m’arranger un transport aérien et une correspondance ferroviaire.

— Excellent ! dit Hossbach, qui rendit son salut à Kaempffer.



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