
— Deux escouades suffiront à mater quelques résistants.
Il fit demi-tour et se dirigea vers la porte.
— Elles suffiront largement, j’en suis certain.
Mais le SS-Sturmbannführer Kaempffer n’entendit pas la réplique de son supérieur. D’autres mots lui venaient alors à l’esprit : « Quelque chose extermine mes hommes. »
COL DE DINU, ROUMANIE 28 avril 1941 13 heures 22
Le capitaine Klaus Woermann s’approcha de la fenêtre sud de la chambre située dans le donjon et cracha au-dehors.
Du lait de chèvre – pouah ! Pour faire du fromage, à la rigueur, mais pas comme boisson !
Woermann regarda le liquide blanchâtre se dissiper en gouttelettes qui s’écrasèrent sur les rochers, une bonne trentaine de mètres plus bas, et se mit à penser à une chope de bonne bière allemande. Il y avait toutefois une chose qu’il désirait plus que de la bière : quitter enfin cette antichambre de l’Enfer.
Il n’en était hélas pas question. Pas pour le moment, du moins. Il cambra les reins, en un geste typiquement prussien. Il était plus grand que la moyenne et sa charpente solide jadis couverte de muscles tendait à s’affaisser. Ses cheveux brun foncé étaient coupés très court ; il avait de grands yeux, bruns également, un nez légèrement busqué à la suite d’un accident survenu dans sa jeunesse, et une bouche capable de sourire à belles dents. Sa tunique grise laissait entrevoir un embonpoint naissant. Il se tapota le ventre. Trop de saucisses. Quand il se sentait frustré ou mécontent, il avait l’habitude de grignoter entre les repas. Des saucisses, la plupart du temps. Et plus il était mécontent, plus il grignotait. Et il commençait à prendre du poids.
Le regard de Woermann se posa sur le minuscule village roumain qui somnolait au soleil, de l’autre côté de la gorge, dans un autre monde. Puis il s’arracha à la fenêtre et arpenta la pièce – une pièce délimitée par des blocs de pierre incrustés pour la plupart d’étranges croix de cuivre et de nickel.
