

On le disait fabuleux. Le fabuleux Maurice, l’appelait-on. Il n’avait jamais voulu être fabuleux. C’était arrivé comme ça.
Il avait compris qu’il y avait quelque chose de bizarre ce fameux jour où, juste après le déjeuner, il avait contemplé un reflet dans une flaque et s’était dit#nbsp#: c’est moi, ça. Il n’avait encore jamais pris conscience de sa personne. Évidemment, il avait du mal à se remémorer ce qu’il se disait avant de devenir fabuleux. Son cerveau, lui semblait-il, devait tenir de la soupe.
Puis il y avait eu les rats qui vivaient sous le tas d’ordures dans un coin de son territoire. Il s’était aperçu que les rats jouissaient d’une certaine éducation lorsqu’il avait sauté sur l’un d’eux et que le rongeur lui avait lancé#nbsp#: «#nbsp#On ne pourrait pas en discuter#nbsp#?#nbsp#» De quelque part, son nouveau cerveau fabuleux lui avait alors soufflé qu’on ne mange pas un être doué de la parole. Du moins, pas avant d’avoir entendu ce qu’il a à dire.
Le rat, c’était Pêches. Elle n’était pas comme les autres rats. De même que Pistou, Langues-de-Chat, Noir-mat, Pur-Porc, Grosses-Remises, Toxie et tous leurs copains. Mais, de son côté, Maurice n’était déjà plus comme les autres chats.
Les autres chats étaient soudain devenus bêtes. Maurice s’était plutôt mis à fréquenter les rats. Il pouvait discuter avec eux. Ça ne posait aucun problème tant qu’il ne s’oubliait pas à boulotter ceux de leur connaissance.
Les rats passaient des heures à s’inquiéter de la raison qui les avait rendus brusquement si malins. Pour Maurice, c’était perdre son temps. Des trucs arrivaient, un point c’est tout. Mais les rats n’en finissaient pas de se demander si c’était dû à quelque chose qu’ils avaient mangé sur le tas d’ordures, et même Maurice voyait que ça n’expliquait pas son propre cas, lui qui ne mangeait jamais d’ordures. Surtout de ce tas-là, quand on savait d’où ça venait…
