
Kivrin bouillait d’impatience. Il l’imagina, scrutant la route Oxford-Bath dans l’espoir d’y apercevoir des voyageurs, prête à se rallonger aussitôt sur le sol. Il se sentit rassuré.
Tout se passerait bien. Elle reviendrait dans quinze jours avec un manteau crotté et de nombreux récits à leur raconter. Des histoires sans doute terrifiantes, de quoi alimenter pour longtemps ses cauchemars.
— Elle s’en tirera, affirma Mary.
— Je sais.
Il alla chercher d’autres consommations.
— Quand doit arriver votre petit-neveu ?
— À quinze heures. Colin restera une semaine, et je ne sais pas comment l’occuper. J’envisage de le conduire à l’Ashmolean. Les enfants adorent les musées. Il sera fasciné par la robe de Pocahontas et le reste.
Dunworthy n’avait pas trouvé ce bout de tissu plus intéressant que le cache-nez destiné à Colin.
— Je conseillerais plutôt le Muséum d’Histoire naturelle.
Ils entendirent des tintements. Dunworthy regarda vers la porte. Son secrétaire se dressait sur le seuil et parcourait la salle des yeux.
— Je devrais envoyer mon petit-neveu visiter la tour Carfax. Peut-être réussira-t-il à détruire ce maudit carillon, grommela Mary.
— C’est Finch, dit Dunworthy.
Il agita la main, mais l’homme venait déjà vers eux.
— Je vous ai cherché partout, monsieur. Nous avons un problème.
— Au sujet du relèvement ?
— Quel relèvement ? Non, des Américaines. Elles sont arrivées plus tôt que prévu.
— Quelles Américaines ?
— Les carillonneuses du Colorado. Les représentantes de la Guilde Féminine des Sonneuses des États de l’Ouest.
— Ne me dites pas que nos carillonneurs ne vous suffisaient pas et que vous en avez importé ! s’exclama Mary.
— Ne devaient-elles pas débarquer le vingt-deux ?
