Nulle part en dehors d’un congrès fraternel de bienfaisance syndicaliste on ne trouve autant de méfiance mutuelle et de soupçons que dans une réunion de vieux enchanteurs. Mais le fait était que la journée n’avait pas été bonne du tout. Les démons indicateurs habituels, convoqués sans cérémonie des dimensions de la Basse-Fosse, avaient affiché un air penaud avant de s’éclipser lorsqu’on les avait questionnés. Les miroirs magiques s’étaient fêlés. Les tarots étaient mystérieusement devenus blancs. Les boules de cristal s’étaient toutes voilées. Même les feuilles de thé, que les mages dédaignaient d’ordinaire car jugées frivoles et déshonorantes, s’étaient agglomérées au fond des tasses et avaient refusé de bouger.

Bref, les mages présents étaient bien embarrassés. Il y eut un murmure unanime.

« Et je propose donc que nous accomplissions le Rite d’AshkEnte », reprit Galder d’une voix dramatique.

Il devait reconnaître qu’il avait espéré une meilleure réaction, quelque chose du style : « Non, pas le Rite d’AshkEnte ! L’homme n’est pas fait pour se mêler de ces affaires-là ! »

En réalité, il y eut un marmonnement général d’assentiment.

« Bonne idée.

— Ça paraît raisonnable.

— Au travail, alors. »

Un peu déconcerté, Galder fit défiler une procession de mages subalternes qui apportèrent divers ustensiles magiques dans la salle.

On a déjà donné à entendre que vers cette époque un désaccord divisait la fraternité des mages sur la façon de pratiquer la magie.

Les jeunes, en particulier, affirmaient que le moment était venu de moderniser l’image de la magie, qu’il fallait cesser de perdre son temps avec des bouts de cire et d’os et tout réorganiser à la base, prévoir des programmes de recherches et des conventions de trois jours dans de bons hôtels où on lirait des journaux aux titres du genre : Où va la géomancie ? et le Rôle des Bottes de Sept Lieues dans une société humanitaire.



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