
Il m’écoutait, bienveillant et ironique. Il meconseillait de m’accorder quelques jours, voire quelques mois de distractions. Lecontrat avait prévu ces interruptions. Je continuerais à percevoir meshonoraires, mes indemnités.
Maître Chamard gérait la fortune de JuliaGarelli-Knepper et m’avait chaque fois laissé entendre qu’elle étaitconsidérable. Elle possédait en indivision avec des cousins de vastes domainesagricoles en Terra Ferma ainsi que de nombreuses demeures à Venise. Mais lepetit palais de marbre gris où elle était née, Riva degli Schiavoni, et lesœuvres d’art, tableaux, tapisseries et sculptures qui le peuplaient, luiappartenaient en biens propres.
— Organisez donc votre temps et votretravail comme vous l’entendez, me répétait maître Chamard. Vous êtes un rentierde l’Histoire, monsieur Berger, profitez-en ! Rien, dans le contrat, nevous interdit de compléter vos recherches loin de Cabris, ou de publier untexte personnel, ou tout simplement de vous distraire…
J’ai souvent suivices conseils, passant quelques semaines ou même plusieurs mois à Paris, mecontentant alors de téléphoner à madame Cerato ou à maître Chamard, puisrevenant précipitamment, soucieux de me ménager cette « retraite aristocratique »,constatait maître Chamard.
Mais il y avait d’autres raisons à moncomportement.
La vie quotidienne et prosaïque m’ennuyait, medésespérait ; les femmes de rencontre me lassaient. J’avais besoin de ladémesure, des sentiments et souffrances extrêmes tels que je les rencontraisdans les documents du sanctuaire. Je m’étais accoutumé au malaise, voire audésespoir.
