
Ils avaient gagné la Suisse. Elle avait ainsiconnu Lénine qui s’y trouvait réfugié.
Avec Heinz Knepper elle avait été du voyagedes bolcheviks, rejoignant la Russie en traversant l’Allemagne avec lacomplicité du haut état-major allemand.
Ses souvenirs m’ont laissé fasciné. Elle avaitcôtoyé Staline et tous les dirigeants bolcheviques, rencontré Hitler, déjàchancelier. Puis la patte de Staline s’était abattue en 1937 sur Heinz Knepper,exilé à Moscou comme tant d’autres communistes étrangers.
J’avais cité en exergue des Prêtres deMoloch une phrase prononcée par Knepper quand les agents des « Organes »,la police secrète de Staline, viennent l’arrêter. Il regarde Julia qui tente deretenir ses larmes et murmure, au moment où les agents l’entraînent :« Pleure donc, va, il y a bien de quoi pleurer. »
Ces mots m’avaient bouleversé, et, parce que j’avaisvoulu que Les Prêtres de Moloch s’adressent à la raison du lecteur, davantagequ’à sa sensibilité, j’avais fait suivre les mots de Knepper d’une phraseimplacable de Voltaire :
« Les hommes tels qu’ils sont, en effet, desinsectes se dévorant les uns les autres sur un petit atome de boue. »
Heinz Knepper avaitdisparu dans les labyrinthes des prisons de Staline.
Quelques mois plus tard, Julia, déportée enSibérie, avait appris qu’il avait été fusillé à Moscou dans les jours quiavaient suivi son arrestation.
Les communistes avaient effectué le travailque les nazis n’avaient pas pu accomplir. Et le 8 février 1940, les agents des « Organes »avaient livré à la Gestapo Julia Garelli-Knepper et d’autres communistesallemands, comme pour prouver leur volonté d’honorer le pacte Hitler-Stalinesigné en août 1939.
Julia Garelli-Knepper avait été enfermée aucamp de concentration de Ravensbrück et elle avait eu assez de volonté, deforce et de chance pour échapper à la mort.
