Mais ensuite, le président de la commission a secoué la tête et a dit pensivement :

— Je veux bien être pendu, mais quelque chose cloche ici. Vraiment !…

Il a écarté les bras et a ajouté :

— Il y a quelque chose de louche.

« Ce sont les intrigues de mes ennemis », me suis-je dit et, vous me comprendrez, je n’ai pas discuté. La chose était faite, et bien faite. Maintenant, une récompense m’attendait…

A huit heures, j’étais à la Western, où on est matinal. Laissant la voiture au garage, je suis monté à mon vingtième étage (pardonnez-moi, mais d’émotion voilà que je me mets à rimer !) et, sifflotant, je m’enfile dans le couloir. Je me réjouissais d’avance : mes petits chéris, je vais les endimancher, les conduire directement chez le vieux et les lui remettre.

Sans le moindre pressentiment, j’entre dans le laboratoire… Horreur ! Un assaut de vandales ? Un plastiquage ? Les appareils coûteux étaient en pièces, le plancher était jonché d’éclats de verre, de lambeaux de matériaux protéiques. Les installations étaient dans un triste état. Bon, mais où étaient passés le Petit et le Rustre ? J’ai senti le froid m’envahir. Les robots avaient disparu !

D’abord, j’ai cru qu’ils avaient été enlevés. Or, regardant de plus près, j’ai découvert sur le plancher, au milieu des débris, quelques morceaux de tweed vert rayé, tissu dont étaient faits les vêtements des robots.

Tout de suite après, j’ai trouvé dans un coin le Petit et le Rustre, c’est-à-dire le peu qui en restait. On aurait dit qu’ils s’étaient empoignés pour un ultime combat singulier. Et comme le robot est beaucoup plus endurant que l’homme, ils se sont battus jusqu’à se démonter totalement l’un l’autre. Il ne restait que leurs têtes, les corps ayant été déchirés et dispersés dans tout le laboratoire.

Vous me demandez que s’est-il passé ? J’ai pu l’apprendre un peu plus tard, en déchiffrant les derniers enregistrements dans le cerveau électronique du Petit.



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