
« Si on peut s’en rapporter aux apparences, écrit l’ambassadeurd’Autriche en 1769 – Louis a quinze ans –, la nature semble lui avoir toutrefusé. Le prince par sa contenance et ses propos n’annonce qu’un sens trèsborné, beaucoup de disgrâce et nulle sensibilité… »
Et l’ambassadeur de Naples ajoute un trait plus sévèreencore : « Il semble avoir été élevé dans les bois. »
Louis en fait est timide, d’autant plus mal à l’aise que sonpère, dauphin de France, est mort le vendredi 20 décembre 1765, et quedésormais entre la charge royale et Louis, il n’y a plus que son grand-pèreLouis XV, vert encore, rajeuni par sa liaison avec la comtesse du Barry qui asuccédé à la marquise de Pompadour, décédée en 1764.
Mais le roi est lucide, et il s’exclame, plein d’inquiétudeet presque de désespoir :
« Pauvre France, un roi âgé de cinquante-cinq ans et undauphin âgé de onze ans ! Pauvre France. »
À compter de ce mois de décembre 1765, Louis, duc de Berry, estdonc en effet dauphin de France.
Il a onze ans.
Il n’est qu’un enfant que l’inquiétude tenaille, qui trouvesouvent dans la maladie un refuge contre l’angoisse d’avoir un jour à être roide France. Dignité, charge et fonction auxquelles on le prépare en luienseignant l’italien, l’anglais et un peu d’allemand. Mais il aime d’abord lesmathématiques, les sciences, la géographie. Il est habile à dessiner les cartes.
Les travaux manuels – et même ceux des jardiniers ou despaysans qu’il côtoie – l’attirent. Il a été malingre. Il grossit, parce qu’ildévore, engloutissant voracement, comme pour rechercher ces périodes d’engourdissement,d’indigestion, qui lui masquent la réalité.
Si la mort frappe d’abord Louis XV, ce qui est dans l’ordrenaturel des choses, il sera roi.
Et cela l’accable.
Et l’échéance se rapproche, puisque la mort continue àfaucher.
La mère de Louis – la dauphine – meurt en 1767, puis, enmars 1768, c’est la reine Marie Leczinska – la grand-mère de Louis – qui estemportée.
