Et à chacun de ces décès c’est le dauphin – car Louis XV n’assistepas par exemple au service solennel à Saint-Denis en l’honneur de la reine – quipréside ces cérémonies funèbres, à la lourde et minutieuse étiquette.

Alors que Louis n’est pas encore roi, ces obligationsauxquelles il se soumet le paralysent, même s’il tente de donner le change. Maisson visage rond marqué par l’ennui et presque le désespoir, son regard éteint, sesgestes gauches, ne trompent pas.

Il sait aussi qu’il ne peut combler les attentes de Louis XV,qui ne cesse de regretter la mort du dauphin Louis-Ferdinand, son fils.

« Vous avez bien jugé de ma douleur, écrit le roi auduc de Parme, je me distrais tant que je peux, n’y ayant point de remède, maisje ne puis m’accoutumer de n’avoir plus de fils et quand on appelle monpetit-fils, quelle différence pour moi, surtout quand je le vois entrer. »

Alors Louis, pour se protéger de cette déception, s’enfermeen lui-même, son corps s’alourdit comme si la graisse devenait une carapace, etla myopie le moyen de ne pas voir, d’ignorer la réalité.

Mais parfois il rompt le silence où il se terre, et dans uneréponse à La Vauguyon, il révèle son amertume et sa solitude :

« Eh, Monsieur, qui voulez-vous que j’aime le plus ici,où je ne me vois aimé de personne ? »

Mais il faut accepter, subir ce que Dieu impose.

Et le choix de Dieu s’exprime par la voix de Louis XV.

C’est le roi qui trace la route, qui, conseillé par sonministre Choiseul, est décidé à renforcer l’alliance avec l’Empire desHabsbourg, et le plus symbolique et le plus efficace c’est de préparer le mariagedu dauphin avec une archiduchesse autrichienne.

Le 24 mai 1766, l’ambassadeur de Vienne à Paris, le princeStahrenberg, écrit à l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche :

« Votre Majesté sacrée peut dès ce moment regardercomme décidé et assuré le mariage du dauphin et de l’archiduchesseMarie-Antoinette », la plus jeune des filles de Marie-Thérèse.



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