Cet homme-là pourrait être son conseiller.

Il lui adresse donc la lettre qu’il avait d’abord écrite àMachault.

« Monsieur, dans la juste douleur qui m’accable et queje partage avec tout le royaume, j’ai pourtant des devoirs à remplir.

« Je suis roi : ce seul mot renferme bien desobligations, mais je n’ai que vingt ans. Je ne pense pas avoir acquis toutesles connaissances nécessaires. De plus je ne puis voir aucun ministre, ayanttous été enfermés avec le roi dans sa maladie. »

Les risques de contagion imposent qu’il ne les consulte pasavant neuf jours.

« J’ai toujours entendu parler de votre probité et dela réputation que votre connaissance profonde des affaires vous a si justementacquise. C’est ce qui m’engage à vous prier de bien vouloir m’aider de vosconseils et de vos lumières.

« Je vous serais obligé, Monsieur, de venir le plus tôtque vous pourrez à Choisy où je vous verrai avec le plus grand plaisir. »

La lettre est déférente, presque humble. Elle touche etflatte le vieux courtisan qu’est Maurepas.

Dès le 13 mai, il est à Choisy. Il voit Louis XVI, comprendque le jeune roi ne veut pas d’un premier ministre mais d’un mentor, et le rôleconvient à Maurepas.

« Je ne serai rien vis-à-vis du public, dit Maurepas. Jene serai que pour vous seul. »

Les ministres travailleront avec le roi et lui, Maurepas, offrirason expérience.

« Ayons une conférence ou deux par semaine et si vousavez agi trop vite, je vous le dirai.

« En un mot je serai votre homme à vous tout seul etrien au-delà. »

Et Maurepas ajoute :

« Si vous voulez devenir vous-même votre premierministre, vous le pouvez par le travail… »

Le premier Conseil se tient le 20 mai 1774 au château de laMuette situé en bordure du bois de Boulogne.



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