Lorsqu’on apprend qu’on a passé des fils dans le gros boutonpurulent d’un enfant de trois ans, puis qu’on les a introduits dans les bras duroi et de ses frères, on s’inquiète.

« À quoi bon risquer sur la même carte ces trois viessi précieuses à la nation et quand nous n’avons pas encore d’héritier ? »interroge-t-on.

On pense même que « c’est vouloir livrer la France auxOrléans ».

Mais la vaccination, administrée aux trois frères installésau château de Marly, est bien supportée.

On dit que Louis XVI, pendant les quinze jours d’isolement, a,malgré les malaises et la fièvre, continué de travailler. Et Voltaire, quiexprime l’opinion éclairée, déclare :

« L’Histoire n’omettra pas que le roi, le comte deProvence et le comte d’Artois, tous trois dans une grande jeunesse, apprirentaux Français en se faisant inoculer qu’il faut braver le danger pour éviter lamort. La nation fut touchée et instruite. »

Louis accueille ces louanges avec un sentiment d’euphorie.

Il lit et relit ces vers que l’on publie, que l’on récite :

Poursuis, et sur nos cœurs exerce un douxempire

La France a dans son sein vingt millions d’enfants

Quelle gloire pour toi si bientôt tu peuxdire

Je les rends tous heureux et je n’ai quevingt ans.

Les gazettes, souvent réservées, chantent elles aussi cejeune souverain « occupé du soin du trône avec l’adorable princesse qui yest arrivée avec lui ; tout ce qu’on apprend à chaque instant ajoute à l’amourqu’on leur porte. S’il était possible au Français de ne pas porter jusqu’à l’idolâtriela tendresse qu’il a pour ses maîtres… ».

Mais Louis pressent qu’on veut faire de lui le « souveraindes Lumières », Louis le Juste.



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