Et les aristocrates – tel le duc d’Orléans – espèrent, grâceà eux, limiter l’absolutisme royal et se servir de leur gloire usurpée auprèsdu peuple pour se constituer une clientèle populaire, parce qu’on rêve toujoursd’une nouvelle fronde aristocratique contre le roi et l’État.

« J’avais fait gagner au roi un procès qui duraitdepuis trois cents ans, dira Maupeou. Il veut le reprendre, il en est le maître. »

Louis, lui, pense que les parlements vont s’assagir.

« Je veux ensevelir dans l’oubli tout ce qui s’est passé,dit-il, et je verrais avec le plus grand contentement les divisions intestinestroubler le bon ordre et la tranquillité de mon Parlement. Ne vous occupez quedu soin de remplir vos fonctions et de répondre à mes vues pour le bonheur demes sujets qui sera toujours mon unique objet. »

Il a l’impression qu’il agit avec habileté, nommant Turgotet soutenant ses mesures sur la libre circulation des grains, le contrôle desfermiers généraux, la suppression des corporations, tout en rétablissant lesparlements, et en étendant même les privilèges puisque désormais dans l’armée, nulne pourra devenir officier s’il ne possède quatre quartiers de noblesse !

D’un côté, avec Turgot, il donne l’apparence qu’une nouvelleère commence – et Voltaire et le parti philosophique le louent –, de l’autre, ilconforte les privilégiés sans les satisfaire : dès le 30 décembre 1774, leduc d’Orléans et les parlementaires ont rédigé des remontrances hostiles aupouvoir royal.

Quant aux roturiers ambitieux, qui rêvaient de carrièresmilitaires, ils n’ont plus d’avenir : les grades d’officiers leur sontinterdits. Place donc à la colère et au ressentiment !

Plus grave encore, les mesures de Turgot sur le librecommerce des grains interviennent alors que la récolte est mauvaise, entraînantla hausse des prix du blé et du pain.

Et commence la « guerre des Farines ».

Des émeutes éclatent sur les marchés de plusieurs villes dela Brie.



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