Elles gagnent la Champagne, la Bourgogne et la Normandie, Dijonet Rouen. On s’en prend pour la première fois au roi.

« Quel foutu règne ! » lance-t-on sur lesmarchés de Paris.

La capitale est si peuplée qu’elle est toujours un chaudronde révolte, parce que la misère s’y entasse et la colère y prend vite feu.

À la Cour, on critique le roi lui-même, toujours hésitant, paraissantsouvent absent, indifférent, distrait même : « Il ne se refuse encoreà rien, constate Maurepas, mais il ne vient au-devant de rien et ne suit latrace d’une affaire qu’autant qu’on la lui rappelle. »

On attaque Turgot, qui continue d’affirmer qu’on peutcombattre la disette par la cherté des grains, et qui maintient toutes sesmesures malgré les émeutes qui se multiplient, la guerre des Farines qui s’étend.

Ses proches sont persuadés qu’une « infernale cabaleexiste contre lui… la prêtraille, la finance, tout ce qui lui tient, lesprêcheurs en eau trouble sont réunis ».

Coup de grâce : le banquier genevois Necker critiqueles mesures « libérales » prônées par les économistes, lesphysiocrates, et précisément la liberté du commerce des grains imposée parTurgot. Il faut, dit-il, protéger les plus humbles, et si besoin est, limiterle droit de propriété.

Et il faut surtout agir en tenant compte des circonstances :« Permettez, défendez, modifiez l’exportation de nos grains selon l’abondancede l’année, selon la situation de la politique… »

Et il invoque le souvenir de Colbert, le rôle de l’Étatprotecteur.

On lit Necker.

Le parti philosophique se divise entre ses partisans et ceuxrestés fidèles à Turgot.

Necker apparaît à beaucoup comme l’homme qui peut remplacerTurgot et proposer une autre politique.

Et ce au moment où les émeutiers, après avoir pillé desconvois de blé, dévastent Versailles, imposent leur prix du pain et de lafarine aux boulangers, saccagent, volent. On assure que certains sont entrésdans la cour du palais et que leurs cris ont empêché le roi, qui tentait deprendre la parole, de se faire entendre.



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