La dame était la comtesse Amélie, dont ma belle-sœur eût voulu faire enlever le portrait des murs de son salon de Park-Lane; le mari, Jacques, était le cinquième comte de Burlesdon, le vingt-deuxième baron de Rassendyll, pair d’Angleterre et chevalier de l’ordre de la Jarretière.


Quant à Rodolphe, de retour en Ruritanie, il s’était marié et avait pris possession du trône que ses descendants n’ont cessé d’occuper jusqu’à ce jour, sauf pendant un très court espace de temps. Enfin, si vous parcourez la galerie de tableaux de Burlesdon, vous serez frappé de voir, parmi ces cinquante portraits du siècle dernier, cinq ou six têtes – et entre autres celle du sixième comte – ornées d’une quantité de cheveux roux foncé, presque acajou, et de beaux grands nez droits. Ces cinq ou six personnages ont aussi les yeux bleus, ce qui étonne, car les Rassendyll ont tous les yeux noirs.


Telle est l’explication, et je suis bien aise de l’avoir terminée. Les défauts qui entachent une honorable lignée constituent un sujet fort délicat, et certainement cette hérédité que nous avions tant de fois eu l’occasion de constater était un nid à médisances. Elle bafouait la discrétion des gens qui préféraient se taire et traçait de singulières confidences entre les lignes des Annuaires de la noblesse.


Il est à remarquer que ma belle-sœur, avec un manque de logique qui doit lui être particulier depuis que nous avons reconnu qu’il n’est pas imputable à son sexe, considérait la couleur de mes cheveux et mon teint comme une offense personnelle; de plus, elle y voyait le signe extérieur de dispositions particulières. À cet égard, je proteste énergiquement, car ces insinuations, parfaitement injustes d’ailleurs, elle les appuyait sur l’inutilité de la vie que j’avais menée jusqu’ici. Mais, après tout, je ne m’étais pas amusé avec excès, et n’avais-je pas beaucoup appris de côté et d’autre? Élevé en Allemagne, j’avais suivi les cours de l’Université, et parlais l’allemand aussi couramment et aussi bien que l’anglais.



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