Je me promène. Pas moyen d'acheter des boissons colorées et gazeuses comme au Japon. On ne vend que du thé. «La Chine est un pays où on boit du thé», me dis-je. Bien. Je m'approche du petit vieux qui sert ce breuvage. Il me tend un bol de thé brûlant.

Je m'assieds par terre avec ce bol énorme. Le thé est fort et fabuleux. Je n'en ai jamais bu de pareil. Il me soûle le cerveau en quelques secondes. Je connais le premier délire de ma vie. Ça me plaît beaucoup. Je vais faire de grandes choses dans ce pays. Je gambade à travers l'aéroport en tournant comme une toupie.

Et brusquement, je tombe nez à nez avec le communisme.


Il fait nuit noire quand les bagages arrivent enfin.

Une voiture nous emmène à travers un monde infiniment bizarre. Il est près de minuit, les rues sont larges et désertes.

Mes parents ont toujours l'air accablé, mes deux aînés regardent les choses avec étonnement.

La théine est en train de provoquer des feux d'artifice dans mon crâne. Sans en rien laisser paraître, je suis folle d'excitation. Tout me semble grandiose, à commencer par moi. Les idées jouent à la marelle à l'intérieur de ma tête.

Je ne me rends pas compte que cette extase n'est pas appropriée à la situation. Je suis en décalage par rapport à la Chine de la Bande des Quatre. Ce décalage va durer trois ans.

La voiture arrive au ghetto de San Li Tun. Le ghetto est entouré de murs élevés, les murs sont entourés de soldats chinois. Les bâtiments ressemblent à des prisons. Un appartement du quatrième étage nous est attribué. Il n'y a pas d'ascenseur et les huit volées d'escalier ruissellent d'urine.

Nous montons les bagages. Ma mère pleure. Je comprends qu'il ne serait pas de bon ton de montrer ma crise d'euphorie. Je la garde pour moi.

Par la fenêtre de ma nouvelle chambre, la Chine est laide à rire. J'ai pour le ciel un regard de condescendance. Je joue au trampoline sur le lit.



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