A minuit, une fusée partit pour Pluton sur le premier pas de tir. A son bord, se trouvait Minou, le robot protéique auquel Charlie MacGrown avait consacré la moitié de sa vie. Même la Bibliothèque royale de Londres pouvait envier l’étendue du savoir du robot. Il est vrai que ce savoir était orienté dans une direction.

MacGrown voulait obtenir de Minou un maximum d’objectivité dans ses rapports et ne voulait pas que celui-ci compare les êtres vivants qu’il aurait pu rencontrer sur les autres planètes avec les hommes. Minou fut donc « éduqué » en conséquence. « Agé » de vingt ans, il n’avait jamais vu un homme. Il n’était autorisé à se promener que dans la zone déserte à l’ouest de Peterstown. Il ne connaissait même passon « père », l’ingénieur MacGrown : avant d’approcher Minou, l’ingénieur débranchait par radio les photocellules de ses yeux.

Débarqué sur Pluton, Minou devait recueillir des renseignements sur la vie de cette planète et les transmettre sur Terre.

Un voyant vert s’alluma sur le pupitre et MacGrown se figea, mettant les écouteurs.

« …Rencontré des êtres vivants. Des animaux, plus probablement. Pas encore découvert de signes de raison. Ils marchent en déplaçant leurs membres postérieurs. »

Bouleversé, MacGrown était assis comme une statue, serrant les écouteurs contre les oreilles.

« …Ils communiquent à l’aide de vibrations acoustiques, en utilisant des fréquences et des modulations différentes. Ils ne réagissent aucunement aux champs magnétique et électrique. Observé une colonie de ces animaux sur un cours d’eau. Informations plus détaillées suivent… »

Charlie reprit haleine. Il ne put tenir en place pendant l’heure qui le séparait de l’émission suivante. Il trama dans les locaux de la Western, mastiqua du chewing-gum, but deux cocas, fuma sans arrêt. Cette fois, il montrera à tous ces parvenus qui est l’ingénieur MacGrown ! Il avait toujours cru que Minou lui porterait bonheur. Et il est certain que les informations collectées sur Pluton et transmises à la Terre par son robot seraient l’événement du siècle. Et, pourquoi pas, le chef en ferait son associé. Et sa fille, cette Linda aux yeux émeraude… Dans un élan sentimental, MacGrown étreignit passionnément un générateur de hautes tensions. A ce moment, le voyant vert clignota à nouveau, et MacGrown, lâchant le générateur, remit les écouteurs.



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