Sa voix résonna dans la grande salle. Puis le silence sefit.

D’un geste assuré, il porta le crâne à sa bouche, sentit l’osdesséché entrer en contact avec ses lèvres. Il ferma les yeux et, inclinant lerécipient, avala de longues gorgées de vin. L’ayant vidé jusqu’à la dernièregoutte, il reposa le calice.

Aussitôt, il eut l’impression que ses poumons rétrécissaient,son cœur se mit à tambouriner dans sa poitrine.

Ils m’ont démasqué !

Mais la sensation disparut aussi subitement qu’elle étaitvenue.

Une tiédeur agréable se diffusa dans ses veines. L’initiésoupira, souriant intérieurement tandis qu’il levait de nouveau la tête vers l’hommequi l’avait naïvement accueilli dans le plus haut rang de sa confrérie.

Bientôt, tu perdras tout ce qui t’est cher !

1.

L’ascenseur Otis du pilier sud de la tour Eiffel était pleinà craquer. Dans la cabine bondée de touristes, un homme à l’air sévère baissales yeux sur le garçon à ses côtés.

— Tu as l’air pâle, fiston. Tu aurais mieux fait derester en bas.

— Non, ça va, répondit l’enfant, qui peinait à contenirson anxiété. Mais je descendrai à l’étage suivant.

Je n’arrive plus à respirer !

L’homme se pencha vers lui.

— Je croyais que tu avais vaincu ta phobie, dit-il enlui caressant affectueusement la joue.

Le garçon s’en voulait de décevoir son père, mais lesifflement dans ses oreilles devenait insupportable et occultait toutes sespensées.

Je ne peux plus respirer... il faut que je sorte de là !

Le liftier racontait quelque chose de rassurant sur lespistons articulés et la structure en fer puddlé. Loin en contrebas, les rues deParis s’étendaient dans toutes les directions.

On y est presque ! songea le garçon en levant la têtevers la plateforme panoramique qui approchait. Encore un peu de courage !



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