— J’en étais sûre ! Dans mon club de lecture, nousavons lu votre livre sur le féminin sacré et l’Église. Vous avez provoqué un deces scandales ! C’était absolument merveilleux ! Vous aimez donnerdes coups de pied dans la fourmilière, vous !

— Ce n’était pas vraiment mon intention.

La femme sentit que Langdon n’était guère enclin à discuterde son travail.

— Je suis désolée. Toujours en train de jacasser. Vousdevez en avoir assez que les gens vous reconnaissent. Mais c’est de votrefaute, dit-elle en désignant ses vêtements d’un geste taquin. Votre uniformevous trahit.

Mon uniforme ?

Langdon baissa les yeux : il portait l’un de seshabituels cols roulés gris anthracite, une veste Harris Tweed, un pantalon detoile et des mocassins en cuir. Sa tenue standard pour les cours, lesconférences, les photos officielles et autres sorties en société.

— Vos pulls sont complètement démodés, expliqua lafemme en gloussant. Vous auriez l’air beaucoup plus chic avec une cravate.

Pas question, je n’aime pas les nœuds coulants !

À l’époque où Langdon fréquentait la Phillips Exeter Academy,il était obligé de porter des cravates six jours sur sept. Le directeur de l’universitéavait beau attribuer à la cravate l’origine romantique de la fascalia ensoie que les orateurs romains portaient pour se réchauffer les cordes vocales,Langdon savait que le mot cravat était dérivé étymologiquement d’unebande de mercenaires « croates » sans pitié qui partaient au combatavec un foulard noué autour du cou. Des siècles plus tard, cet accessoire étaitdevenu l’attribut des guerriers modernes qui menaient leurs batailles dans dessalles de réunion, avec la même volonté d’intimider l’ennemi.

— Merci pour le conseil, répondit Langdon avec un petitrire. J’y penserai à l’avenir.

Par bonheur, un homme en costume sombre sortit à cemoment-là d’une luxueuse Lincoln noire et lui fit signe.

— Monsieur Langdon ? Beltway Limousine. Charles, àvotre service, fit-il en ouvrant une portière. Bonsoir et bienvenue àWashington, monsieur.



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