
« Là-bas », dit-il et, faisant volte-face, il retraversa le pont au galop, bondit à terre sur les lieux mêmes où gisait la louve, s’agenouilla… Et lorsqu’il rallia la troupe, un instant plus tard, il avait l’air épanoui.
« Il avait dû s’écarter des autres en rampant, dit-il.
— A moins qu’on ne l’eût repoussé », commenta Père en examinant le sixième chiot qui, blanc, lui, avait des yeux aussi rouges que le sang, tout à l’heure, du supplicié. Bizarre, songea Bran, les autres sont encore aveugles, et pas celui-ci ?
« Un albinos, dit Greyjoy avec une grimace comique, il crèvera plus vite encore que les autres.
— Je n’en crois rien, riposta Jon en lui décochant un regard de mépris glacial. Et il est à moi. »
CATELYN
Catelyn n’avait jamais aimé ce bois sacré.
C’est qu’elle était née Tully et là-bas, loin vers le sud, dans le Trident, sur les rives de la Ruffurque, à Vivesaigues, et qu’à Vivesaigues le bois sacré vous avait des airs riants et ouverts de jardin. De grands rubecs y dispensaient une ombre diaprée sur l’argent sonore d’eaux vives, mille chants cascadaient de nids invisibles, et l’atmosphère était tout épicée du parfum des fleurs.
Certes, ils étaient moins brillamment lotis, les dieux de Winterfell, dans les ténèbres primitives de cette forêt en friche depuis des milliers d’années. Trois malheureux acres et qui, cernés par les remparts funèbres du château, embaumaient l’humus détrempé, la décrépitude… Le rubec, ici, ne poussait pas. Un bois, cela ? un ramas de vigiers, si rébarbatifs dans leur armure vert-de-gris, de chênes énormes et de ferrugiers, non moins issus que le royaume de la nuit des temps. Ici, les troncs se touchaient, noirs, massifs, les ramures emmêlées formaient un dais impénétrable, et des corps à corps difformes bossuaient le sol. Seule ici ruminait, dans un silence oppressant, l’ombre, et les dieux de ce séjour n’avaient pas de nom.
