
– Et la fête?
– Aura lieu dans un mois.
– Il s’y est invité?
– Avec une insistance où j’ai reconnu Colbert.
– C’est bien.
– La nuit ne vous a point enlevé vos illusions?
– Sur quoi?
– Sur le concours que vous pouvez m’apporter en cette circonstance.
– Non, j’ai passé la nuit à écrire, et tous les ordres sont donnés.
– La fête coûtera plusieurs millions, ne vous le dissimulez pas.
– J’en ferai six… Faites-en de votre côté deux ou trois à tout hasard.
– Vous êtes un homme miraculeux, mon cher d’Herblay.
Aramis sourit.
– Mais, demanda Fouquet avec un reste d’inquiétude, puisque vous remuez ainsi les millions, pourquoi, il y a quelques jours, n’avez-vous pas donné de votre poche les cinquante mille francs à Baisemeaux?
– Parce que, il y a quelques jours, j’étais pauvre comme Job.
– Et aujourd’hui?
– Aujourd’hui, je suis plus riche que le roi.
– Très bien, fit Fouquet, je me connais en hommes. Je sais que vous êtes incapable de me manquer de parole; je ne veux point vous arracher votre secret: n’en parlons plus.
En ce moment, un grondement sourd se fit entendre qui éclata tout à coup en un violent coup de tonnerre.
– Oh! oh! fit Fouquet, je vous le disais bien.
– Allons, dit Aramis, rejoignons les carrosses.
– Nous n’aurons pas le temps, dit Fouquet, voici la pluie.
En effet, comme si le ciel se fût ouvert, une ondée aux larges gouttes fit tout à coup résonner le dôme de la forêt.
– Oh! dit Aramis, nous avons le temps de regagner les voitures avant que le feuillage soit inondé.
– Mieux vaudrait, dit Fouquet, nous retirer dans quelque grotte.
– Oui, mais où y a-t-il une grotte? demanda Aramis.
