
Pourtant, les distractions ne manquaient pas. Il passait chaque jour un nombre considérable d'aéronefs ou de yachts; le véloce aérien Londou-Roma-Cairo, passant quatre fois par vingt-quatre heures, déposait toujours quelques voyageurs faisant leur petit tour d'Europe; de plus, le casino aérien de Lauterbrunnen, très fréquenté pendant les mois d'été, donnait chaque semaine à ses malades une grande fête et chaque soir un concert ou une représentation dramatique par Télé. M ma Lacombe s'ennuyait cependant et saisissait toutes les occasions et prétextes possibles pour reprendre l'air de son cher Paris.
Fatiguée de ne participer que par Télé aux petites réunions chez ses amies restées Parisiennes, elle prenait, de temps en temps, le train du tube électro-pneumatique ou le véloce aérien pour se retrouver une après-midi dans le mouvement mondain, pour se montrer à quelques six o'clock

CBETTLT EST DEPUIS DEUX HEURES LA TÈTE SOUS CM CHALE DANS UN COIN.
Le Vingtième Siècle

élégants, où, tout en prenant les anti-anémiques à la mode, on passe en revue tous les petits potins du jour, on s'imprègne de toutes es médisances et calomnies qui sont dans l'air. Ou bien M» ie Lacombe s'en allait un peu boursicoter, tâcher de mettre à flot son budget trop souvent chargé d'excédents de dépenses, par quelques bénéfices réalisés à la Bourse. L'a-gente de change qui la guidait se trompait souvent et le budget de ménage s'équilibrait à grand'peine. M. Lacombe n'avait pour tout revenu que ses appointements, 35,000 francs et le logement, juste le quoi vivoter à la campagne, en se contraignant à une sévère économie. Dure nécessité, d'autant plus jue M me Lacombe aimait aussi à magasiner, et qu'au lieu de se faire montrer par Télé, sans se déranger, les étoffes ou les confections dont elle et sa fille pouvaient avoir besoin, elle préférait courir les grands magasins de Paris et vite filer en tube ou en véloce aérien pour la moindre occasion, pour une idée de ruban qui lui passait par la tête. Cette modeste situa-
